Voici peut-être le secret le mieux gardé du jazz québécois.
Le pianiste / trompetiste Claude Allaire est l'un des jazzman québécois les moins connus, même parmi les amateurs de Jazz. Il n'a jamais été invité au festival de Jazz de Montréal et son nom ne figure même pas dans l'exhaustive bible de John Gilmore: "Une histoire du jazz à Montréal".
Pourquoi ? Peut-être parce qu'il n'a jamais habité Montréal. Sinon parce qu'il n'a sorti qu'un album avec un ensemble Jazz. Ou peut-être que tout ce beau monde manque tout simplement de curiosité.
Pourtant, tout ceux qui l'ont entendu, ne peuvent nier la qualité de "Jazz en province" (1965 / Kébec). Il s'agit d'un quatuor au son Lounge feutré. Un son qui évoque le "chic" d'une autre époque. Le jeu décontracté de Claude Allaire et l'utilisation du vibraphone y sont pour beaucoup. Les musiciens étaient: piano/Claude Allaire, vibraphone/Raymond Nadeau, contrebasse/Gaston Jutra, batterie/Pierre Nadeau.
Étrangement, cet album est l'un des rares à avoir été réédités à plus d'une reprise; l'année suivant sa sortie (sur l'étiquette Niagara), et depuis 2001 (sur le site "CD BABY"). Donc, le peu de gens dans l'industrie du disque qui connaissent son existence, devaient tout de même savoir qu'ils avaient affaire à un excellent album.
L'enregistrement commence avec une compo originale: "Blues à la carte". Une pièce que la pochette originale résumait comme du "Jazz-Progressif". Aucun lien avec ce qui ce fera sous le même nom plus tard dans les années 70. Superbe morceau rythmé qui vous fera claquer des doigts.
Mais on retrouve aussi plusieurs balades mélodiques comme "Blue Moon"et "Darn That Dream" et une version balade-bossa de "Have You Met Miss Jones".
La reprise la plus spectaculaire est peut-être la version de "Summertime" de Gershwin. Allaire commence avec une longue intro de piano solo de 1:40, puis l'orchestre embarque et change le rythme complètement. C'est comme si la pièce était divisée en deux: première moitié classique et la seconde, Jazz.
Mais le clou de l'album est clairement l'autre compo originale: Jazz en province. L'album est d'ailleurs nommé ainsi. Dans cette pièce, l'on peu notamment entendre les notes du thème jouées simultanément au piano et au vibraphone. La contrebasse et la batterie aussi sont particulièrement entrainantes. Le contrebassiste (Gaston Jutra) y fait une démonstration convaincante de "walking". Bref, une pièce qui aurait dû devenir un "standard".
L'utilisation des mots "en province" dans le titre "Jazz en province" était pour l'expression signifiant: "à l'extérieur de Montréal". Ce choix de titre n'était pas le fruit du hasard. Claude Allaire y faisait là une sorte de déclaration, comme quoi le talent n'était pas le monopole de la métropole. De nos jours, on entend plus beaucoup l'expression "en province", mais le phénomène de l'exode rural est malheureusement toujours aussi criant.
Monsieur Allaire a récemment prit le temps de répondre à mes questions. En entrevue, il revient sur ses débuts, les circonstances de l'enregistrement; les divers Jazzman qu'il a côtoyé et ce qu'il a fait depuis toutes ces années.
Écoutez l'entrevue:
Monsieur Allaire à également eu la gentillesse de me prêter quelques photos ou l'on peut le voir à l'oeuvre à l'époque. Dans les deux formations (Quintette & trio), il y jouait de la trompette.
Ces deux ensembles n'ont aucun lien avec l'album Jazz en province, mais sur la photo ci-dessus, on peut tout de même voir le batteur (Pierre Nadeau) et le contrebassiste (Gaston Jutra) qui l'accompagnait sur le disque. On peut aussi constater qu'à une époque au Québec, on pouvait entendre du Jazz loin de Montréal, ou comme dirait Monsieur Allaire, du Jazz en province.
Psyquébélique met généralement en ligne pour téléchargement des albums jamais réédités. Dans ce cas-ci (pour une fois) l'album a été réédité en CD. J'invite donc les lecteurs à se le procurer à même le site CD BABY. Je met en ligne les scans des pochettes et étiquettes des deux versions de l'album.
Jazz en province / Claude Allaire
Téléchargez pochettes et étiquettes

10 commentaires:
Géniales Jazz en province et Blues à la carte! Entrevue très intéressante! Merci pour cette découverte!
J'approuve! TRÈS cool, Simon, Bravos! Mon petit doit me dit que Allaire ne doit pas être le seul disque jazz de ta discothèque à être absent des livres... ; )
Merci Félix !
Séb,
Ton petit doigt n'a pas tord au sujet du livre de John Gilmore. Une autre des grosse omission est Jerry De Villiers... imagine !
Claude Allaire est un être vraiment inspirant. Un grand musicien!
En effet !
L'un des plus grands musiciens que j'ai eu le plaisir de connaitre !
Formidable de voir ça, Jazz en Province est LE disque qui m'a fait découvrir le Jazz, et celui qui m'a le plus marqué.
Je regrette seulement d'avoir perdu ce superbe vinyle 33 tours au cours des déménagements, que j'avais tellement écouté qu'il était usé jusqu'à la corde... Il me venait de mon père, qui travaillait à l'époque dans l'industrie du disque avec le label Jupiter, parmi d'autres qui ont peu marché et disparu de belle lurette...
Chapeau pour ce blog, et mes amitiés à Claude Allaire!
Merci à vous de fréquenter Psyquébélique.
Ne vous Gênez pas pour vous procurer le CD de M. Allaire sur le site CD Baby.
Claude Dugal a dit:
Que de bons souvenirs. Claude Allaire était mon prof de musique au Séminaire de Nicolet. J'étais là entre 1963 et 1967. Je connais très bien Jazz en Province puisque j'ai vécu un moment de sa création et les suites de l'enregistrement. J'ai aussi eu la chance de voir le groupe "live" une fois à Drummondville au deuxième étage du "Ma Cabane" au Réverbère et l'été suivant à Victoriaville. En plus du Jazz Claude était l'organiste en charge du Choeur du Séminaire et il était un organiste très versatile et des fois lorsqu'on était un petit groupe il faisait jazzer et blueser l'orgue Casavant....Chaque midi au Séminaire on lui disait Jazz Jazz et il nous jouait les classiques du jazz au piano. Que de bons souvenirs.
Merci de votre témoignage m. Dugas.
Claude Allaire est définitivement un artiste méconnu qu'on gagne à découvrir.
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